Cours sur la religion

Cours sur la religion

POURQUOI LE PAYSAN MEDIEVAL PRIE-T-IL DANS SON CHAMP, APRÈS SON TRAVAIL ?

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I QU’EST-CE QU’UNE RELIGION ?

Les religions se manifestent d’abord par une importante diversité

Les religions sont nombreuses et très différentes les unes des autres.

Il y a les religions théistes avec les divers monothéismes, qui affirment l’existence d’un Dieu unique, et les polythéismes, qui croient en plusieurs Dieux. Il y a des religions qui sont des mixtes, comme l’hindouisme, qui est à la fois un monothéisme et un polythéisme. Il y a des panthéismes, qui voient Dieu en tout et partout (la philosophie de Spinoza par exemple est panthéiste). À ces religions théistes, il faut opposer cette religion athée qu’est le bouddhisme, qui ne se construit pas sur la relation de l’homme à un ou plusieurs Dieux.

Enfin, il faut évoquer aussi les religions dites « primitives », comme le chamanisme, qui n’ayant pas élaboré une mythologie centrée sur un ou des Dieux, se constitue autour de tabous, de lieux, d’objets, d’animaux et de rites sacrés et magiques, et d’un contact possible entre le monde profane et le monde sacré des Esprits. 

Le fait religieux se détermine donc à partir de la conscience d’une distinction entre le profane et le sacré

Cette diversité n’empêche pas l’existence d’une essence du religieux, une essence propre à la réalité humaine elle-même, comme le montre le fait que partout et de tout temps, il y a eu éclosion de formes et d’expressions culturelles du religieux. 

À l’intérieur de toutes les civilisations et cultures humaines, on trouve, en effet, l’affirmation de l’existence d’unetranscendance, un mystère, une puissance extraordinaire mais invisible, à laquelle l’homme, ou du moins certains hommes peuvent avoir accès

Le fait religieux consiste donc dans la croyance en l’existence d’une réalité non matérielle à laquelle on n’accède pas par la vie ordinaire et les moyens techniques ordinaires, bref par le profane. Cette réalité transcendante apparaît comme à la fois mystérieuse, effrayante et salvatrice, autrement dit sacrée. On peut dire que relève du fait religieux, tout ce qui permet à l’homme d’avoir accès à cette réalité sacrée. 

TEXTE:

« Comme nous l’avons répété à plusieurs reprises, l’homme religieux assume un mode d’existence spécifique dans le monde, et, malgré le nombre considérable des formes historico-religieuses, ce mode spécifique est toujours reconnaissable. Quel que soit le contexte historique dans lequel il est plongé, l’homo religiosus croit toujours qu’il existe une réalité absolue, le sacré, qui transcende ce monde-ci, mais qui s’y manifeste et, de ce fait, le sanctifie et le rend réel. Il croit que la vie a une origine sacrée et que l’existence humaine actualise toutes ses potentialités dans la mesure où elle est religieuse, c’est-à-dire : participe à la réalité. Les Dieux ont créé l’homme et le monde, les Héros civilisateurs ont achevé la Création, et l’histoire de toutes ces œuvres divines et semi-divines est conservée dans les mythes. En réactualisant l’histoire sacrée, en imitant le comportement divin, l’homme s’installe et se maintient auprès des Dieux, c’est à dire dans le réel et le significatif./ Il est facile de voir tout ce qui sépare ce mode d’être dans le monde de l’existence d’un homme areligieux. Il y a avant tout ce fait : l’homme areligieux refuse la transcendance, accepte la relativité de la « réalité », et il lui arrive même de douter du sens de l’existence. » Mircea Eliade, le Sacré et le profane.

Il y a un lien entre le religieux et le magique

C’est vrai pour toute religion mais particulièrement pour les plus anciennes dans lesquelles le sacré et le magique ne se distinguent pas.

La magie se définit comme une action sur la réalité matérielle pour d’obtenir un résultat tout matériel et profane, mais en court-circuitant les voies et moyens rationnels, ou même quand n’existe pas de voie et de moyen rationnel pour obtenir ce résultat.

La magie intervient, dès lors, principalement lorsque la technique et la connaissance rationnelle sont insuffisantes, dangereuses ou interdites. Plus la science évolue, plus les connaissances issues de la recherche scientifique se diffuse dans la société, moins l’influence de la religion dans son lien à la magie a d’influence.

De la distinction entre le profane et le sacré naît aussi la spiritualité :

Définition de la spiritualité : c’est la foi en l’aptitude humaine à dépasser l’ordre purement matériel. 

La spiritualité affirme que l’être humain a une âme, non pas seulement comme principe non matériel (et donc fait que de pur esprit, survivant après la mort biologique) mais comme n’obéissant pas aux seules lois et mouvements de la matière (mécanique, automatique, instinctif). Avoir une âme c’est être capable d’autre chose que d’affirmation égoïste et vitale de soi. 

Le lien au sacré : avoir une âme c’est être capable d’agir sous d’autres principes que les principes vitaux, donc être capable de mourir pour défendre des valeurs sacrées par exemple (l’héroïsme), être capable de se dévouer à autre chose qu’à sa propre affirmation (l’altruisme, la sainteté). 

TEXTE :

« (…) il est alors tout aussi essentiel de comprendre quelles sont les raisons qui ont poussé un tout petit nombre d’hommes et de femmes – à peine entre 0,5 et 1% de la population européenne sous domination nazie, à se dresser contre la destructivité des uns et la passivité des autres et à venir, au péril de leur vie, au secours de ceux que la Solution finale destinait à l’extermination./ Ce qui ressort d’enquêtes menées auprès de gens qui ont sauvé des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, et notamment des travaux de Samuel et Pearl Oliner, c’est l’importance cruciale de l’éducation et des convictions éthiques, religieuses ou philosophiques dans la constitution de ce qu’ils ont appelé la « personnalité altruiste », dont un trait remarquable est qu’elle se distingue par une puissante autonomie personnelle, la capacité à agir en accord avec ses propres principes indépendamment des valeurs sociales en vigueur et de tout désir de reconnaissance. (…) Seul celui qui s’estime et s’assume pleinement comme un soi autonome peut résister aux ordres et à l’autorité établie, prendre sur lui le poids de la douleur et de la détresse d’autrui et, lorsque les circonstances l’exigent, assumer les périls parfois mortels que ses engagements les plus intimement impérieux lui font courir.» Michel Terestchenko, Un si fragile vernis d’humanité, banalité du mal, banalité du bien, La découverte, 2005, p. 14-17

La religion est ce qui lie les membres d’une communauté sociale et politique

  • En instituant un ou plusieurs mythes fondateurs, elle en représente le socle symbolique. 

  • Ce qui définit une religion c’est un certain nombre de dogmes (affirmations considérées comme vraie, mais dont on ne peut apporter de preuves, et qui souvent sont contradictoires avec l’expérience) concernant des mystères et délimitant le sacré. 

  • Des lieux et objets deviennent sacrés (le Gange par exemple pour l’hindouisme, La Mecque pour les Musulmans, Jérusalem pour les Juifs et les Chrétiens, mais aussi pour les musulmans (Jérusalem est pour eux la troisième ville sainte après La Mecque et Médine), les Temples, les Églises et cathédrales, les Mosquées). 

  • Et il y a des personnes qui sont sacrées, soit parcequ’elles sont consacrées (comme le prêtre, le pasteur), soit qu’elle incarne ce sacré comme le Prophète, soit qu’ils s’efforcent d’en exprimer le sens (comme l’Imam ou le Rabbin). 

  • C’est ensuite des rituels qui assemblent les fidèles, par lesquels les dogmes sont réactivés, et ainsi réaffirmés de manière régulière par les croyants. 

  • C’est enfin par l’initiation à ces croyances, mystères et rituels qu’un individu se socialise « l’initiation aux choses sacrées étaient en même temps l’opération par laquelle s’accomplissait la socialisation de l’individu »

  • Les croyances religieuses partagées sont enfin une obligation pour tous les membres de la société. 

TEXTE :

« Il y a toujours une pression exercée par la société sur ses membres pour empêcher qu’ils ne dévient de la foi commune. Quiconque tend à s’en écarter, même sur ces points secondaires, est plus moins blâmé, tenu à distance, exigé à l’intérieur. Les dissidents ne jouissent jamais que d’une tolérance très relative. Ce qui montre bien à quel point ce caractère impératif est inhérent à tout ce qui est opinion religieuse, c’est que, partout, les dogmes essentiels sont protégés contre les audaces de la critique par les châtiments les plus sévères. » Émile Durkheim

La religion est un facteur de stabilité sociale et politique : 

Le système social et politique de la communauté religieuse est rarement complètement juste. 

  • Il faudrait par exemple que les êtres humains, dans une nation juste naissent égaux en droit, mais aussi en matière de pouvoir économique et politique. Or, l’héritage matériel et culturel rend cela impossible. Les philosophes sont ceux qui inventent des utopies (des sociétés imaginaires qui auraient des structures sociales et politiques totalement justes, comme Utopia de Thomas More). 
  • D’autre part, même la justice effective, la justice positive d’un pays peut échouer dans ses jugements à rendre la justice. Ainsi, des hommes malhonnêtes et malfaisants peuvent gagner un procès et des innocents être emprisonnés. 

 

La religion joue dès lors un rôle de stabilisation sociale et politique : elle est foncièrement conservatrice

  • D’une part, elle permet aux pauvres de supporter leur pauvreté, et aux exploités de supporter l’exploitation qui est la leur, aux classes défavorisées d’être consolés par l’espoir d’une vie future heureuse (dans l’au-delà ou par la réincarnation). Ils sont détournés de la colère, de la haine qu’ils pourraient éprouver en face des injustices sociales. 
  • D’autre part, elle produit des mythologies qui compensent la défaillance humaine dans l’ordre de la justice (l’idée d’un Dieu omniscient qui nous observe et qui récompense les bons et punit les mauvais ou l’idée du karma sont des idées qui limitent les injustices mais aussi pour consolent les malheureux des imperfections de la justice des hommes). 

 

Les mythologies religieuses ont une fonction antirévolutionnaire conservatrice, ce qui fait de la religion un auxiliaire des forces politiques ; et il n’est pas rare que le lien entre la hiérarchie religieuse et la hiérarchie politique soit puissant, comme en France où la royauté était de « droit divin », le roi étant le représentant de Dieu dans la hiérarchie politique comme le pape était et reste encore le représentant de Dieu dans la hiérarchie sacrée ou consacrée. On a la même chose par exemple au Maroc où la royauté a un statut sacral fondé sur l’Islam. 

On comprend que l’émancipation politique ait eu en France pour condition l’émancipation du fait politique à l’égard des représentations religieuses. Et cette émancipation est le fait des Lumières. 

 

Mais la spiritualité authentique de la religion peut avoir un effet exactement contraire et conduire à un engagement en faveur des opprimés. 

UN PEU D’HISTOIRE :

Les prêtres ouvriers en France : ce mouvement interne à l’Église catholique naît au début du XXe siècle, au départ de l’implication de l’Église catholique pour contrer l’influence de l’idéologie communiste et socialiste sur la population ouvrière et la déchristianisation de la population ouvrière en France. Ainsi, les mercredis des enfants sont occupés, les uns dans les centres aérés d’un mouvement athée, le MJCF (plus communément appelé JC), les autres dans la Jeunesse ouvrière chrétienne. Les prêtres prennent conscience de la misère ouvrière, d’autant que certains sont mobilisés durant la Seconde Guerre mondiale. Jacques Loew devient alors le premier prêtre à travailler comme ouvrier portuaire à Marseille. Après 1945, il est suivi par un certain nombre de prêtres (une centaine) qui vivent leur sacerdoce dans le partage des valeurs évangéliques de fraternité universelle avec leurs collègues ouvriers, ouvriers agricoles et pêcheurs, ils soutiennent les mouvements de révolte contre les conditions de travail souvent insupportables (grèves, manifestations, etc.), malgré les interdits du Vatican. Ce mouvement est interdit par Pie XII en 1954, et autorisé par le concile de Vatican II et Paul VI. En 1976, ils étaient environ 800, actuellement ( selon un recensement de 2005) environ 400 prêtres travaillent dans différentes missions en France et ailleurs, dont seulement 80 ont encore une activité professionnelle. 

Simone Weil : enseignante, philosophe-ouvrière humaniste, juive devenue une mystique chrétienne et très engagée à gauche. Elle fut successivement militante syndicale, proche des groupes révolutionnaires trotskystes et anarchistes même si elle n’adhéra à aucun parti politique, participant aux journaux révolutionnaires ouvriers (comme La Révolution prolétarienne, La Critique sociale), et enfin, elle s’est engagée dans la Résistance d’abord en Espagne, puis à Londres, auprès du général De Gaulle. Juive agnostique par sa naissance et son milieu familiale, elle se convertit en 1936 (mais sans adhérer explicitement au catholicisme), cherchant « par amour du Christ » à la fois l’authenticité d’une pensée philosophique et le partage du malheur ouvrier, au point d’en tomber gravement malade. Voici quelques pensées de Simone Weil autour de cette idée essentielle : le mal se propage indéfiniment sauf si on accepte de le subir sous forme d’une souffrance innocente et qui ne se transmute pas elle-même en vengeance : 

TEXTE :

« Le péché que nous avons en nous sort de nous et se propage au-dehors, en exerçant une contagion sous forme de péché. Ainsi, quand nous sommes irrités notre entourage s’irrite. Ou encore, de supérieur à inférieur : la colère suscite la peur. Mais au contact d’un être parfaitement pur, il y a transmutation, et le péché devient souffrance.  (…) la douleur rédemptrice doit être (..) injustice, violence exercée par des êtres humains. » « Le faux dieu change la souffrance en violence. Le vrai Dieu change la violence en souffrance. » Simone Weil La Grâce et la pesanteur. 

II L’ÉMANCIPATION MODERNE A L’ÉGARD DE LA RELIGION

1) Les lumières 

Tout le monde connaît la posture des Lumières face à la religion : tous les philosophes des Lumières ne sont pas athées, loin de là, ils sont presque tous déistes. Ce qu’ils attaquent ce sont tous les aspects négatifs de la religion : son obscurantisme (sa volonté de rendre impossible le progrès des connaissances en interdisant la lecture de certains auteurs, ou d’orienter certaines recherches scientifiques vers des sujets quand les résultats pourraient ne pas être en accord avec ce qu’affirment les Écritures sacrées). Voltaire est particulièrement important pour les Lumières, car il s’est battu, dans l’affaire Calas, pour innocenter un protestant. Le but des Lumières est la tolérance religieuse, même si cette tolérance ne va pas toujours jusqu’à tolérer l’athéisme que l’on juge dangereux pour les bonnes mœurs. Ainsi, Voltaire lui-même estime que sans croyances religieuses, les athées risquent d’être plus aisément que les autres des criminels. Mais Voltaire a tort. Une étude récente datant de 2015 montre que les enfants ayant une éducation morale laïque et humaniste sont plus altruistes que les enfants éduqués dans une croyance religieuse, particulièrement quand la croyance relève du fondamentalisme. 

Pour comprendre ce que sont, d’une manière générale, les Lumières, voici le texte de Kant « Qu’est-ce que les lumières » (un article de 1789), nous éclairent. Il y affirme la nécessité pour l’individu de penser par soi-même, et de prendre les responsabilités qui en découlent, autrement dit d’accéder à la maturité. 

TEXTE :

« Les «Lumières» se définissent comme la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable. L’état de tutelle est l’incapacité de se servir de son entendement sans être dirigé par un autre. Elle est due à notre propre faute lorsqu’elle résulte non pas d’une insuffisance de l’entendement, mais d’un manque de résolution et de courage pour s’en servir sans être dirigé par un autre. Sapere aude! (Ose savoir !) Aie le courage de te servir de ton propre entendement! Telle est la devise des Lumières. Paresse et lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, alors que la nature les a affranchis depuis longtemps de toute tutelle étrangère (naturaliter maiorennes [naturellement majeur, c’est-à-dire parvenu à l’âge adulte parla raison]), restent cependant volontiers, leur vie durant, mineurs; et qu’il soit si facile à d’autres de les diriger. Il est si commode d’être mineur. Si j’ai un livre pour me tenir lieu d’entendement, un directeur pour ma conscience, un médecin pour mon régime… je n’ai pas besoin de me fatiguer moi-même. Je n’ai pas besoin de penser, pourvu que je puisse payer; d’autres se chargeront à ma place de ce travail fastidieux. Et si la plupart des hommes (et parmi eux le sexe faible en entier) finit par considérer comme dangereux le pas – en soi pénible – qui conduit à la majorité, c’est que s’emploient à une telle conception leurs bienveillants tuteurs, ceux-là mêmes qui se chargent de les surveiller. Après avoir rendu stupide le bétail domestique et soigneusement pris garde que ces paisibles créatures ne puissent faire un pas hors du parc où ils les ont enfermés, ils leur montrent ensuite le danger qu’il y aurait à marcher seuls. Or le danger n’est sans doute pas si grand, car après quelques chutes ils finiraient bien par apprendre à marcher, mais de tels accidents rendent timorés et font généralement reculer devant toute nouvelle tentative. Il est donc difficile pour l’individu de s’arracher tout seul à la tutelle, devenue pour lui presque un état naturel. Il y a même pris goût, et il se montre incapable, pour le moment, de se servir de son propre entendement, parce qu’on ne l’a jamais laissé s’y essayer. Préceptes et formules – ces instruments mécaniques d’un usage ou, plutôt, d’un mauvais usage raisonnable de ses dons naturels – sont les entraves qui perpétuent la minorité. Celui qui s’en débarrasserait ne franchirait pourtant le fossé le plus étroit qu’avec maladresse, puisqu’il n’aurait pas l’habitude d’une pareille liberté de mouvement. a-t-il que peu d’hommes pour avoir réussi à se dégager de leur tutelle en exerçant eux-mêmes leur esprit, et à avancer tout de même d’un pas assuré. En revanche, la possibilité qu’un public s’éclaire lui-même est plus réelle; cela est même à peu près inévitable, pourvu qu’on lui en laisse la liberté. Car il y aura toujours, même parmi les tuteurs attitrés de la masse, quelques hommes qui pensent par eux-mêmes et qui, après s’être personnellement débarrassé du joug de la minorité, répandront autour d’eux un état d’esprit où la valeur de chaque homme et sa vocation à penser par soi-même seront estimées raisonnablement. » Kant, Qu’est-ce que les Lumières (1789)

 

On voit dans ce texte, que la religion n’est pas exclue, car elle est d’autant moins exclue que, dans un autre texte, la Critique de la Raison Pure, Kant montre bien que la religion a sa place dans la vie humaine en tant que croyance, sur laquelle aucune connaissance ne peut être affirmée. Cette œuvre fait une place définitive à la tolérance : on ne peut pas dire si Dieu existe ou s’il n’existe pas, dans l’état actuel des sciences, ce n’est pas un objet possible de la connaissance, et peut-être en sera-t-il ainsi pour toujours. L’objet de la science, ce sont les phénomènes : ce qu’on connaît par les sens ou par l’entendement. Or, l’infini, la première Cause, la Perfection absolue, ne sont pas connaissables. La science ne peut trancher sur des questions métaphysiques, de ce fait, elle ne peut donner raison à aucune religion sur les autres, il y a de la place pour toutes, aucune ne peut être rendue obligatoire. Et il y a de même de la place pour l’athéisme. 

 

Ce que ce texte affirme cependant, c’est que l’humanité ne sera adulte, que lorsque les êtres humains réfléchiront par eux-mêmes à ce qui est bien, ce qui est mal, ce qu’il faut faire de sa vie, etc. Or, quand la religion donne des percepts stricts, elle habitue les gens à obéir, à ne pas réfléchir. Mais la faute n’est pas tant à la religion, qu’à la paresse naturelle des gens. 

 

Pour devenir un adulte digne de ce nom, il faut penser par soi-même. 

2) Le remplacement progressif de la magie et du miraculeux par le progrès scientifique et technique 

Bergson, dans les Deux Sources montre à quel point la magie naît de l’impuissance à saisir rationnellement le lien causal des faits et événements. L’une et l’autre sont là pour que l’homme puisse obtenir des résultats conformes à sa volonté, mais plus la science et les techniques progressent, plus la magie recule. On peut voir ce remplacement dans l’individu, car l’enfance c’est le temps de la pensée magique, quand l’enfant ne comprend pas pourquoi sa mère arrive quand il crie. Il croit nécessairement d’abord que c’est la puissance de son désir et de son cri qui fait advenir sa mère pour combler ses besoins. 

On peut le voir aussi, comme le montre Bergson, dans l’évolution historique que connaît l’humanité : 

TEXTE :

« Que l’intelligence soit faite pour utiliser la matière, dominer les choses, maîtriser les événements, cela n’est pas douteux. Que sa puissance soit en raison directe de sa science, cela est non moins certain. Mais cette science est d’abord très limitée ; minime est la portion du mécanisme universel qu’elle embrasse, de l’étendue et de la durée sur laquelle elle a prise. Que fera-t-elle pour le reste ? Laissée à elle-même, elle constaterait simplement son ignorance ; l’homme se sentirait perdu dans l’immensité. Mais l’instinct veille. A la connaissance proprement scientifique, qui accompagne la technique ou qui s’y trouve impliquée, elle adjoint, pour tout ce qui échappe à notre action, la croyance à des puissances qui tiendraient compte de l’homme. L’univers se peuple ainsi d’intentions, d’ailleurs éphémères et changeantes ; seule relèverait du pur mécanisme la zone à l’intérieur de laquelle nous agissons mécaniquement. Cette zone s’élargit à mesure que notre civilisation avance ; l’univers tout entier finit par prendre la forme d’un mécanisme aux yeux d’une intelligence qui se représente idéalement la science achevée » Bergson, Les Deux Sources de la morale et de la religion.

A la fin on pourrait n’avoir qu’un un monde désacralisé, areligieux et parfaitement dominé par la représentation scientifique et technique. On comprend que le passage d’une vision magique à une vision rationnelle s’est fait en même temps que les sciences sont nées en Occidents, au XVIIIe et XIXe siècle.

Mais pour Bergson, la religion n’a pas qu’une fonction magique et miraculeuse. Elle relève aussi de la spiritualité, et celle-ci n’est en aucune façon la cible du progrès scientifique. Il se pourrait même que le progrès scientifique nous emmène vers plus de spiritualité. 

3) Les critique philosophiques

  • Marx et sa dénonciation de la religion comme opium du peuple

Pour Marx, la religion est une production humaine. Dieu est une invention qui dit quelque chose de l’être humain et non d’une réalité transcendante. Ce qu’affirme la religion, avec ses mythes et ses croyances, c’est la domination de l’homme par l’homme. 

TEXTE :

« Voici le fondement de la critique irréligieuse : c’est l’homme qui fait la religion et non la religion qui fait l’homme. […] La religion est la théorie générale de ce monde, son compendium encyclopédique, sa logique sous une forme populaire, son point d’honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son complément cérémoniel, son universel motif de consolation et de justification. Elle est la réalisation chimérique de l’essence humaine, parce que l’essence humaine ne possède pas de réalité véritable. Lutter contre la religion, c’est donc, indirectement  lutter contre ce monde là, dont la religion est l’arôme spirituel./  La misère religieuse est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple./ Nier la religion, ce bonheur illusoire du peuple, c’est exiger son bonheur réel. Exiger qu’il abandonne toute illusion sur son état, c’est exiger qu’il renonce à un état qui a besoin d’illusions. La critique de la religion contient en germe la critique de la vallée de larmes dont la religion est l’auréole. [...] La critique du ciel se transforme ainsi en critique de la terre, la critique de la religion en critique du droit, la critique de la théologie en critique de la politique. » K. MARX, Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel (1843).

Pour Marx, la religion est comme un opium : elle aveugle les gens pour Marx : elle est une forme d’opium qui endort la révolte sociale et politique.

Et c’est vrai de toutes religions. Les imaginaires sur l’au-delà qu’ils soient dans l’idée d’un Tribunal divin avec récompense éternelle des bons et punition éternelle des méchants ou celui d’un Karma de réincarnation, toutes ces productions imaginatives aident les gens à supporter l’injustice, et même l’exploitation de l’homme par l’homme, le fait que certains travaillent comme des fous avec à peine de quoi vivre, pour d’autres qui vivent dans l’opulence sans rien faire. De ce fait, les exploités ne se révoltent pas. Or, cette révolte est nécessaire. Si on attend son bonheur dans un au-delà fictif, on ne sera jamais heureux. 

  • Nietzsche et la généalogie de la morale chrétienne et l’inversion des valeurs

(voir cours sur le désir, partie sur l’envie)

  • Freud et la dénonciation de la religion comme névrose collective et infantilisme prolongé

Pour Freud, il y a une forme de fixation à un stade infantile dans les religions monothéistes : la notion de Père divin providentiel naît de l’incapacité à regarder en face le fait pour lui évident que l’être humain est seul face aux difficultés de la vie. Beaucoup d’être humains préfèrent garder l’illusion d’une Personnalité transcendante protectrice mais ce n’est pour lui qu’une production de l’imagination qui prolonge de manière indue l’immaturité de ceux qui s’y adonnent. 

TEXTE :

« Ainsi je suis en contradiction avec vous lorsque, poursuivant vos déductions, vous dites que l’homme ne saurait absolument pas se passer de la consolation que lui apporte l’illusion religieuse, que, sans elle, il ne supporterait pas le poids de la vie, la réalité cruelle. Oui, cela est vrai de l’homme à qui vous avez instillé dès l’enfance le doux – ou doux et amer – poison. Mais de l’autre, qui a été élevé dans la sobriété ? Peut-être celui qui ne souffre d’aucune névrose n’a-t-il pas besoin d’ivresse pour étourdir celle-ci. Sans aucun doute l’homme alors se trouvera dans une situation difficile ; il sera contraint de s’avouer toute sa détresse, sa petitesse dans l’ensemble de l’univers ; il ne sera plus le centre de la création, l’objet des tendres soins d’une Providence bénévole. Il se trouvera dans la même situation qu’un enfant qui a quitté la maison paternelle, où il se sentait si bien et où il avait chaud. Mais le stade de l’infantilisme n’est-il pas destiné à être dépassé ? L’homme ne peut pas éternellement demeurer un enfant, il lui faut enfin s’aventurer dans l’univers hostile. On peut appeler cela « l’éducation en vue de la réalité » ; ai-je besoin de vous dire que mon unique dessein, en écrivant cette étude, est d’attirer l’attention sur la nécessité qui s’impose de réaliser ce progrès? /Vous craignez sans doute que l’homme ne supporte pas cette rude épreuve ? Cependant, espérons toujours. C’est déjà quelque chose que de se savoir réduit à ses propres forces. On apprend alors à s’en servir comme il convient. L’homme n’est pas dénué de toute ressource ; depuis le temps du déluge, sa science lui a beaucoup appris et accroîtra encore davantage sa puissance. Et en ce qui touche aux grandes nécessités que comporte le destin, nécessités auxquelles il n’est pas de remède, l’homme apprendra à les subir avec résignation. Que lui importe l’illusion de posséder de grandes propriétés dans la Lune, propriétés dont personne encore n’a vu les revenus ? Petit cultivateur ici-bas, il saura cultiver son arpent de terre de telle sorte que celui-ci le nourrira. Ainsi, en retirant de l’au-delà ses espérances ou en concentrant sur la vie terrestre toutes ses énergies libérées, l’homme parviendra sans doute à rendre la vie supportable à tous et la civilisation n’écrasera plus personne. » Freud, L’Avenir d’une illusion

III UN PEU DE CULTURE GÉNÉRALE : LES GRANDES RELIGIONS EXISTANTES

Le chamanisme

Le chamanisme et le totémisme sont considérées comme les religions les plus anciennes que l’on a connaît. Il y a sans doute des formes religieuses plus anciennes encore, mais ces formes étant antérieures à l’apparition de l’écriture, on ne les connaît pas vraiment, on peut seulement faire des hypothèses à leur sujet (notamment parce qu’on a retrouvé des statues de femmes très anciennes, il y a une hypothèse selon laquelle la plus ancienne religion serait un monothéisme dédié à la Grande Mère divine). 

Le chamanisme est une ancienne religion de Sibérie, chez les Celtes (où le chamanisme a pris la forme du druidisme) qu’on trouve aussi chez les Amérindiens, les Mongols, au Népal, en Chine, au Japon, en Corée, en Afrique, et en Amérique latine. 

Il se caractérise par le fait que certains êtres humains sont dédiés à faire le lien entre le monde profane des autres êtres humains (ce qu’on voit, ce qu’on entend, etc. et tout ce qu’on appelle « la réalité »), et le monde des esprits (occulte, inaccessible, monde des morts, etc.). Ce sont les chamanes. Ce sont des êtres qui, par différentes techniques, par les rêves notamment, par la connaissance des plantes, par la prière, par les chants et les danses, ou en se rendant dans des lieux sacrés (et tabous pour les autres car trop dangereux) parviennent à entrer dans le monde magique des esprits et à obtenir d’eux des aides pour guérir les gens, pour faire venir la pluie, pour lutter contre un ennemi, etc. C’est la magie et la religion qui initialement sont liées : le chamane est celui qui, seul, peut manipuler le « mana », cette force magique qui se trouve dans l’arrière-monde et qui peut avoir des effets dans le monde profane. 

Plus tard, ce lien va un peu se délier, et celui qui pratiquera la magie non autorisée, la magie autre que la prière du prêtre par exemple, sera considéré comme un sorcier, quelqu’un d’entièrement maléfique, pour la bonne raison, que c’est le divin qui s’est emparé de toute la bonne magie (créatrice, protectrice, guérisseuse, etc.). 

Le polythéisme

Alors que dans le chamanisme, le « mana » se distribue un peu partout dans la nature (dans tel ou tel animal qui devient le totem de la tribu mais aussi dans telle source sacrée, dans tel arbre, etc.), dans le polythéisme, les forces de l’arrière-monde, la magie, se concentre entre des mains de personnages ressemblant aux êtres humains, mais surpuissants. Chaque dieu est spécialisé dans un domaine. 

On connaît bien certains polythéismes qui sont à la source de notre civilisation occidentalo-arabo-musulmane : le polythéisme grec et latin, égyptien et celte. 

Exemple : le dieu des dieux, mais aussi le dieu de la sagesse et des éclairs : Zeus (ou Jupiter). Son épouse Héra, déesse du foyer. Le dieu de la guerre Arès (ou Mars), le dieu de la mort Hadès (Pluton). La déesse de la sagesse et des stratégies guerrières Athéna (Minerve). La déesse de l’amour et de la beauté Aphrodite (Vénus), etc. 

Les monothéismes occidentaux et moyen-orientaux : les trois religions abrahamiques (c’est-à-dire dont les croyants se considèrent comme descendants d’Abraham).

  • Le premier est hébraïque. Mais au départ, la religion juive est une monolâtrie et avant même d’être une monolâtrie, elle était un polythéisme dans lequel, deux dieux étaient particulièrement important : Ashéra, la déesse-mère dont le symbole était le Poteau sacré (l’arbre de vie du mythe adamique de la Genèse et qui est resté dans la tradition juive sous la forme de la Menorah, le chandelier à sept branches). La transformation de la monolâtrie en monothéisme date à peu près du IVe siècle avant notre ère, au même moment où les philosophes grecs commencent eux-aussi à penser à l’existence d’une divinité unique. 

  • Le deuxième monothéisme est chrétien. La religion chrétienne est née d’un message d’un juif : Jésus de Nazareth, qui voulait réformer sa religion pour en retrouver la spiritualité originelle, une spiritualité authentique qu’il estimait un peu perdue sous l’amoncèlement des rites. Ce mystique juif qui développe l’idée d’un Dieu unique qui n’est qu’amour a fait école auprès des juifs eux-mêmes. 

Avant l’arrivée de Jésus, il y avait quatre sectes juives : les sadducéens (les prêtres du Temple de Jérusalem, une riche classe aristocratique et en même temps sacerdotale), les pharisiens (les lecteurs et interprètes des textes sacrés qui rejettent le luxe et l’ostentation des sadducéens et qui sont très attachés aux pratiques rituelles de purification), les esséniens (secte très ascétique qui attendait l’arrivée d’un grand prophète) et les zélotes (des juifs engagés dans la révolte contre les Romains). Autour de Jésus de Nazareth, s’est constituée une nouvelle secte : les Nazaréens que les historiens ont appelé ensuite « judéochrétiens », les nazaréens étant considérés par l’Église de Rome comme hérétiques. 

Comment se fait-il donc que la religion chrétienne se soit mise à exister indépendamment de la religion juive ? C’est Paul de Tarse, un disciple tarif de Jésus (il ne l’a pas connu mais au eu une vision sur le chemin de Damas) qui s’est considéré lui-même et fut confirmé par les proches de Jésus (Pierre, Jean et Jacques) comme un apôtre (un missionnaire), a exporté le message de Jésus auprès des « gentils » (les non-juifs) et qui s’étant disputé avec les disciples de Jésus sur la question de la circoncision, a opéré une forme de schisme, de séparation, entre les juifs disciples de Jésus et ceux qui sont devenus les chrétiens (qui suivent l’enseignement du Christ).

Trois grands courants existent au sein du christianisme : l’Église de Rome ou catholique, les Orthodoxes ou chrétiens d’Orient et les protestants (apparus à la Renaissance, au moment où la bible est traduite en latin, mettant sa lecture à la portée d’une élite européenne). 

Le troisième monothéisme occidental est musulman. Il s’agit de l’Islam dont le nom renvoie à la notion de « soumission », soumission aux commandements du divin tel qu’ils se seraient révélés au prophète Mohammed (appelé aussi Mahomet ou encore Muhammad : « « Celui qui est louangé »), au cours de la première moitié du VIIe siècle de notre ère. Mohammed serait né à La Mecque, et aurait entendu l’archange Gabriel lui dicter les paroles du divin qui furent transmises par le prophète Mohammed à ses disciples, puis consignées par écrit sous la forme du Coran. Selon la tradition musulmane, cette consignation des paroles prophétiques aurait eu lieu après la mort de Mohammed, à l’instigation du troisième Calife (Abu Bakr). Le Calife suivant (Othman), conscient de la divergence d’interprétation du Coran, aurait imposé une seule vision du Coran, détruisant tous les matériaux originels. En réalité, cet effort d’unification n’a pas complètement marché, puisqu’au cours du Xe siècle par exemple des musulmans furent condamnés pour avoir récité des versions non autorisées du Coran.

Les historiens musulmans ont fixé les textes de la tradition orale portant sur la vie de Mohammed au cours des IXeet Xsiècles (les Hadiths).

L’Islam se répartit en différents courants : les deux principaux, le sunnisme (85%), le chiisme (90% se trouve en Iran). Le premier schisme apparaît à la mort de Mohammed, en 632, quand les habitants de Médine et ceux de La Mecque s’opposent sur la succession du prophète. Les tenants du disciple Abou Bakr sont les sunnites, les tenants du gendre et cousin de Mohammed, Ali sont chiites. 

Le kharidjisme est une faction puritaine de l’islam avec une morale très stricte, où il est demandé aux califes qui doivent être choisis parmi les meilleurs musulmans sans distinction de race ou de statut social ou politique, de mener une vie exemplaire. Cette faction a presque disparue de nos jours. 

Enfin, le Bahaïsme né en Iran au XIXe siècle, est une religion qui est né de l’Islam mais s’en est détachée. Elle proclame « trois unités » : unité de Dieu, unité de la religion, unité spirituelle de l’humanité. Elle considère donc chaque religion comme une Révélation particulière. Elle affirme l’égalité de tous (y compris entre homme et femme), cherche la paix universelle, et l’éducation de tous comme obligatoire. 

Hindouisme et bouddhisme

L’hindouisme est la religion la plus complexe qui soit, puisqu’elle est aussi bien un polythéisme qu’un monothéisme. En nombre de population, c’est la troisième religion du monde. C’est une religion de la Révélation, celle des Vedas, Textes très anciens (remontant au XVe siècle avant J.-C.), considérés comme éternels par l’audition des Rishi (Voyants, Prophètes qui entendent le divin). 

Le divin se nomme Brahman. C’est l’Être au-delà et au-dedans tout ce qui est. Le divin éternel est donc à la fois transcendant et immanent (l’hindouisme est un panthéisme : tout ce qui procède d’une parcelle de divinité). D’où le fait qu’on le désigne sous le terme d’Un. Il est l’Un qui porte toute la diversité des êtres. Cette diversité dans son entièreté c’est le principe femelle du divin mâle, c’est Shakti, la Déesse-mère qui contient toutes les formes existantes. 

Les principes mâles et femelles se manifestent dans trois formes divines la Trimurti), chacune étant en quelque sorte un des trois Visage mâle et une des trois Figures femelles du divin qui ont leur propre temples, leurs propres dévots : 

  • Brahma le principe créateur accompagné de Sarasvati (la déesse de la connaissance et de la créativité artistique)

  • Vishnu, le principe conservateur et protecteur accompagné de la déesse Laksmi (déesse du foyer, de la prospérité, du bonheur, de l’abondance). Vishnu peut prendre la forme de Krishna, le joueur de flûte bleu, son 8e avatar selon la tradition. 

  • Shiva, le principe destructeur et reconstructeur accompagné de la déesse Durga (appelée aussi Parvati et Kali). Shiva peut prendre la forme de Nataradj, le danseur cosmique. 

Le but ultime de la religion, c’est la délivrance (Moksha), c’est-à-dire la sortie hors de l’illusion. C’est percer le voile de Shakti pour revenir au principe divin mâle originel. Alors l’individu atteint sa propre divinité. Il devient un avatar qui peut être vu comme tel par les dévots. Il devient un Guru. Par exemple Ma Andanda Moyi, morte en 1982. 

Un visiteur, journaliste irlandais, lui demanda franchement : « Est-ce que j’ai raison de penser que vous êtes Dieu ? ». Shrî Mâ répondit : « Il n’y a rien si ce n’est Lui ; tous et tout ne sont que des formes de Dieu. À l’intérieur de votre personne aussi, tout n’est qu’une forme de Dieu. Dans d’autres personnes aussi, Il est descendu pour donner Son darshan. »

Ce qui ferait donc la différence entre Mâ et les autres, ce ne serait que la conscience d’être unie complètement au divin : elle a traversé le voile de la Shakti, elle est devenue la Shakti. 

Le Bouddhisme : 

Le bouddhisme se caractérise donc par le fait qu’elle est la seule religion au monde qui vise la délivrance sans se prononcer sur l’existence ou non d’un ou de plusieurs dieux. C’est une religion, parce qu’elle a des temples, et des pratiques spirituelles, mais c’est aussi une philosophie fondée sur une compréhension de la réalité. 

Le terme « Bouddha » signifie être « éveillé ». C’est un état qu’a atteint pour la première fois, selon les bouddhistes, un homme, Siddharta Gotama, prince d’un petit royaume au Népal au Vie siècle avant notre ère. Sur la vie de Bouddha, les textes les plus anciens remontent au 1e siècle de notre ère, écrits en conformité avec un enseignement oral transmis de génération en génération, mais nécessairement légendaire. 

Il aurait commencé sa propre vie, de manière très protégée, dans la plus grande richesse, et dans les plus grands agréments possibles, prince d’un royaume gouverné par son père, dans ce qui est le moderne Népal, et époux dès l’âge de 16 ans de la dévouée, sincère et très belle princesse Yasodhara. Rencontrant soudainement la souffrance humaine, la vieillesse et la maladie, il décida à l’âge de 29 ans d’abandonner son royaume et sa famille, pour partir, tel un ascète en quête d’une vérité qui devait permettre la cessation de la souffrance.

Durant 6 ans, il erra de maître en maître, cherchant auprès des mystiques célèbres de son temps, la solution à la souffrance. Il se soumit à toutes les méthodes et les pratiques ascétiques que ces maîtres spirituels lui ordonnèrent, mais sans jamais parvenir à la fin de sa quête. « C’est ainsi qu’un soir, assis sous un arbre (connu depuis comme l’arbre-bodhi – ou Bo, « l’arbre de la sagesse »), sur la rive du fleuve Néranjara, à Bouddha-Gaya (près de Gaya, dans le moderne Bihar), âgé de trente-cinq ans, Gotama atteignit l’Éveil, après quoi il fut connu comme le Bouddha, « l’éveillé ».

Après son Éveil, Gotama le Bouddha prêcha son premier sermon à un groupe de cinq ascètes, ses anciens compagnons dans le Parc des Gazelles à Isipatana (moderne Sarnath), près de Bénarès. Depuis ce jour, il enseigna à toutes les classes d’hommes et de femmes.

L’enseignement du Bouddha dans le sermon de Bénarès. Quatre « Nobles Vérités » constituent la relation de l’être humain au monde : Dukkha ou la souffrance, Samudaya ou l’origine de la dukkha ou le désir, Nirodha ou la cessation de la dukkha par la négation du désir, et Magga ou la voie qui mène à la cessation de la dukkha. 

- La Première noble Vérité porte sur la réalité du monde, cette réalité est la Dukkha. C’est le fait que la vie humaine n’est qu’impermanence, conflit, vide, et souffrance. La Dukkha est donc à la fois la souffrance ordinaire, la souffrance causée par le changement et la perte et, enfin, la souffrance comme état conditionné. De ce point de vue là, sont comprises dans la Dukkha :

« [Dukkha c’est] toutes sortes de souffrances, comme la naissance, la vieillesse, la maladie, la mort, l’association avec des personnes désagréables ou la dépendance de conditions déplaisantes, la séparation d’avec des êtres aimés ou la perte de conditions plaisantes, ne pas obtenir ce qu’on désire, la douleur, les lamentations, la détresse (…) » 

Tout ce qui est heureux est cause de souffrance, puisque c’est appelé à disparaître : 

« Un sentiment heureux ou une condition de vie heureuse, n’est pas permanent, n’est pas éternel. Un changement interviendra tôt ou tard. Quand il survient, il y a douleur, souffrance et peine. Cette vicissitude est comprise dans dukkha en tant que souffrance produite par le changement. »

Pour les bouddhistes, la souffrance vient du fait que l’homme est attaché à ce qui est, or, rien ne reste dans ce qui est, tout est flux d’apparition et de disparition, la seule chose qui est permanente, c’est l’impermanence. Certes la vie est joie et plaisirs, mais les joies et les plaisirs contiennent en germe la souffrance et la douleur : la perte de ce qui nous donne la joie est souffrance, la mort d’un être cher par exemple. La temporalité et l’impermanence qui règnent en ce monde conduisent nécessairement les hommes à la perte, au deuil, à la douleur. La dukkha est donc cette éternelle roue de la vie avec son cortège de souffrances et de plaisirs éphémères. 

- La seconde Noble Vérité est Samudaya, l’origine de la Dukkha, le désir. Cette soif, qui caractérise l’homme,est elle-même fondé sur l’illusion de l’ego. 

« C’est cette soif, ce désir, cette avidité, cette cupidité qui, en se manifestant de manière variée, donne naissance à toutes les formes de souffrance.» 

« Ici le terme de « soif » comprend non seulement le désir et l’attachement aux plaisirs des sens, à la richesse, à la puissance, mais aussi l’attachement aux idées, aux idéaux, aux opinions, aux théories, aux conceptions et aux croyances. (…) Comme le Bouddha l’a dit à Ratthapala : ‘le monde manque (souffre de frustration) et il désire avidement ; il est esclave de la ‘soif’’. »

Le désir est la cause des trois racines du mal : la convoitise, la haine, et la peur : la convoitise de ce que possède l’autre et que je ne possède pas, la haine de l’autre qui possède ce que je désire, et la peur de perdre, que l’autre me prenne ce que je possède et qu’il ne possède pas. Le désir est, au fond, désir d’une permanence, quand dans la vie tout change, tout est sur fond d’impermanence, rien n’existe absolument, pas même le moi, cet ego, qui est pour les bouddhistes, l’illusion majeure, celle qui se trouve au fond du désir.

  • La Troisième Noble Vérité, Nirodha, la libération de la souffrance passe par l’extinction du désir.

Pour éliminer la Dukkha, il faut éliminer l’origine principale de la Dukkha, cette soif, qui est en l’homme. Cela n’est possible que si je prends conscience que tous ces désirs qui me taraudent ne viennent donc pas de moi, mais me traversent. La pratique du bouddhisme consiste alors à se laisser traverser par eux, sans s’y attacher, et sans s’identifier à eux. Ce silence retrouvé est le nirvana, c’est un vide et une plénitude. L’homme guéri du désir atteint un état, où il est détaché, sans haine et sans illusion, un état où, paradoxalement, il peut enfin vivre pleinement sa vie dans un présent perpétuel, vécu pour lui-même, et non plus dévitalisé au profit de projections temporelles : 

« Ne regrettez pas le passé, ne spéculez pas sur l’avenir. Vivez pleinement dans le présent, voyant les choses telles qu’elles sont. »

Ce qu’atteint alors le nouvel éveillé, devenu à son tour Bouddha, c’est le Nirvana, une perpétuelle et joyeuse célébration de la vie. Il n’a plus besoin de s’incarner, mais peut se réincarner dans des vies futures, par compassion pour aider l’humanité à s’éveiller. 

La Quatrième Noble Vérité est Magga, la voie qui mène à la cessation de Dukkha, plus connu sous le nom de « sentier du milieu », pratique recherchant la mesure, et donc refusant les extrêmes que représentent les vies recherchant les plaisirs et les passions que les vies ascétiques faites de mortifications. Ce Noble Sentier comporte huit pratiques, la compréhension juste, la pensée juste, la parole juste, l’action juste, les moyens d’existence juste, l’effort juste, l’attention juste, et la concentration juste. Chaque pratiquant devra s’efforcer de réaliser cette voie dans ces 8 dimensions, au sein même de sa vie la plus quotidienne. Ces huit aspects de la voie du milieu ont pour fin de développer en l’homme la conduite éthique, la discipline mentale et la sagesse. 

La conduite éthique du bouddhiste est fondée sur une conception compassionnelle du monde et qui inclut tous les êtres vivants. La sagesse et la discipline mentale sont fondées sur une vision réaliste, sans illusion, de la réalité : 

« (…) un vrai bouddhiste est le plus heureux des êtres. Il n’a ni crainte ni anxiété. Il est toujours calme et serein. Ni les bouleversements ni les calamités ne peuvent le troubler. Il voit les choses telles qu’elles sont. Le Bouddha ne fut jamais mélancolique ni lugubre. Ses contemporains l’ont décrit comme « toujours souriant » (…) Il est toujours représenté dans la peinture et la sculpture bouddhistes avec un visage heureux, serein, content et compatissant. On ne peut jamais discerner en lui aucune trace de souffrance, d’angoisse ou de douleur ».

Celui qui est à ce point réalisé dans son être, qui n’a plus ni crainte ni désir, n’étant plus happé par des temps qui ne sont pas les siens, vit intensément dans une sorte d’éternel présent, constamment neuf, et l’émerveillant par cette nouveauté, qui est vécue par l’homme ordinaire sous le mode de la perte. Cela ne signifie pas qu’il n’est plus capable de projets, et donc d’anticipation. Mais cette anticipation n’étant plus empoisonnée par les angoisses et les soucis fait partie de son présent, et il construit l’avenir avec calme et sérénité, ainsi qu’avec détachement.

L’ÉCHELLE DE KOHLBERG

Le plus célèbre de ces dilemmes, le dilemme de Heinz, se résume ainsi :

«  La femme de Heinz est très malade. Elle peut mourir d’un instant à l’autre si elle ne prend pas un médicament X. Celui-ci est hors de prix et Heinz ne peut le payer. Il se rend néanmoins chez le pharmacien et lui demande le médicament, ne fût-ce qu’à crédit. Le pharmacien refuse. Que devrait faire Heinz ? Laisser mourir sa femme ou voler le médicament ? »

LE DÉVELOPPEMENT MORAL EST

  1. Séquentiel, c’est-à-dire qu’il se développe par étapes successives qui ne peuvent être devancées.

  2. Irréversible, sauf dans le cas de dégénérescences telles que la maladie d’Alzheimer, une fois l’un des stades acquis, une personne ne peut régresser à un stade antérieur

  3. intégratif, une personne ayant acquis un stade supérieur étant à même de comprendre les raisonnements des individus ayant atteint les stades inférieurs.

  4. Transculturel, c’est-à-dire que dans toutes les cultures, le développement moral suit les mêmes étapes.

  5. La stagnation est possible, tout le monde n’atteint pas nécessairement le stade suivant.

Le premier niveau de l’échelle de Kohlberg est préconventionnel (celui du dressage social) : la personne examine toute situation et fait des choix purement égoïstes évitant les punitions (stade 1) en tenant de plus en plus compte des bénéfices et récompenses que son comportement peut engendrer (stade 2). 

Exemples du stade 1 : 

Heinz ne doit pas voler le médicament, car sinon, il va aller en prison

Heinz doit voler le médicament, sinon Dieu le punira d’avoir laissé mourir sa femme

Exemples du stade 2 : 

Heinz doit voler le médicament, car ainsi il garde sa femme dans sa vie, et elle fait très bien à manger

Heinz ne doit pas voler le médicament, car ainsi il trouvera une femme plus jeune.

Le second niveau est conventionnel  et conformiste : la personne est soumise à l’approbation ou à la désapprobation des autres (stade 3), puis orientée vers le respect des lois et des conventions (stade 4).

Exemples du stade 3 : 

Heinz doit voler le médicament sinon, il sera jugé par ses voisins : que vont-ils penser s’ils apprennent qu’il a laissé mourir sa femme ?

Heinz ne doit pas voler le médicament, sous peine d’être jugé par ses collègues : il risque de passer pour un voleur. 

Exemples du stade 4 : 

Heinz doit voler le médicament parce que la non-assistance à personne en danger est interdite par la loi 

Heinz ne doit pas voler le médicament parce que le vol est interdit par la loi.

Le troisième niveau est post-conventionnel et le jugement individuel, porté par des idéaux. Au stade 5, l’individu est conscient du caractère relatif des systèmes de valeur, des conflits pouvant exister entre le légal et le légitime, mais il pense que c’est dans l’intérêt de toute société que d’avoir des lois, même arbitraires. Au stade six, il est orienté par des principes moraux universels.

Exemples du stade 5 :

Heinz ne doit pas voler le médicament, car sinon que deviendrait une nation où les individus se mettraient à voler ? Il ne vole pas les médicaments, car le droit de propriété est le fondement des sociétés.

Heinz doit voler le médicament, car dans le conflit entre les lois sur le vol et celles sur l’assistance à autrui, cette dernière prime.

Exemple du stade 6 : 

Heinz ne doit pas voler le médicament, car le droit de propriété est un principe universel

Heinz doit voler le médicament, car le droit à la vie est un principe universel

L’ÉCHELLE DE KOHLBERG

Le plus célèbre de ces dilemmes, le dilemme de Heinz, se résume ainsi :

«  La femme de Heinz est très malade. Elle peut mourir d’un instant à l’autre si elle ne prend pas un médicament X. Celui-ci est hors de prix et Heinz ne peut le payer. Il se rend néanmoins chez le pharmacien et lui demande le médicament, ne fût-ce qu’à crédit. Le pharmacien refuse. Que devrait faire Heinz ? Laisser mourir sa femme ou voler le médicament ? »

LE DÉVELOPPEMENT MORAL EST

  1. Séquentiel, c’est-à-dire qu’il se développe par étapes successives qui ne peuvent être devancées.

  2. Irréversible, sauf dans le cas de dégénérescences telles que la maladie d’Alzheimer, une fois l’un des stades acquis, une personne ne peut régresser à un stade antérieur

  3. intégratif, une personne ayant acquis un stade supérieur étant à même de comprendre les raisonnements des individus ayant atteint les stades inférieurs.

  4. Transculturel, c’est-à-dire que dans toutes les cultures, le développement moral suit les mêmes étapes.

  5. La stagnation est possible, tout le monde n’atteint pas nécessairement le stade suivant.

Le premier niveau de l’échelle de Kohlberg est préconventionnel (celui du dressage social) : la personne examine toute situation et fait des choix purement égoïstes évitant les punitions (stade 1) en tenant de plus en plus compte des bénéfices et récompenses que son comportement peut engendrer (stade 2). 

Exemples du stade 1 : 

Heinz ne doit pas voler le médicament, car sinon, il va aller en prison

Heinz doit voler le médicament, sinon Dieu le punira d’avoir laissé mourir sa femme

Exemples du stade 2 : 

Heinz doit voler le médicament, car ainsi il garde sa femme dans sa vie, et elle fait très bien à manger

Heinz ne doit pas voler le médicament, car ainsi il trouvera une femme plus jeune.

Le second niveau est conventionnel  et conformiste : la personne est soumise à l’approbation ou à la désapprobation des autres (stade 3), puis orientée vers le respect des lois et des conventions (stade 4).

Exemples du stade 3 : 

Heinz doit voler le médicament sinon, il sera jugé par ses voisins : que vont-ils penser s’ils apprennent qu’il a laissé mourir sa femme ?

Heinz ne doit pas voler le médicament, sous peine d’être jugé par ses collègues : il risque de passer pour un voleur. 

Exemples du stade 4 : 

Heinz doit voler le médicament parce que la non-assistance à personne en danger est interdite par la loi 

Heinz ne doit pas voler le médicament parce que le vol est interdit par la loi.

Le troisième niveau est post-conventionnel et le jugement individuel, porté par des idéaux. Au stade 5, l’individu est conscient du caractère relatif des systèmes de valeur, des conflits pouvant exister entre le légal et le légitime, mais il pense que c’est dans l’intérêt de toute société que d’avoir des lois, même arbitraires. Au stade six, il est orienté par des principes moraux universels.

Exemples du stade 5 :

Heinz ne doit pas voler le médicament, car sinon que deviendrait une nation où les individus se mettraient à voler ? Il ne vole pas les médicaments, car le droit de propriété est le fondement des sociétés.

Heinz doit voler le médicament, car dans le conflit entre les lois sur le vol et celles sur l’assistance à autrui, cette dernière prime.

Exemple du stade 6 : 

Heinz ne doit pas voler le médicament, car le droit de propriété est un principe universel

Heinz doit voler le médicament, car le droit à la vie est un principe universel

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